Ce que le kung-fu shaolin m’a appris

Woman in black training clothes holding a sword beside a circular doorway.

et ce que je n’avais jamais pensé découvrir

« J’ai pratiqué le kung-fu pendant six mois dans un temple shaolin en Chine. »

Et non, ce n’est pas le début d’un film. C’est mon histoire. Celle d’une PDG qui troque son ordinateur portable contre des nunchakus, les dîners d’affaires contre des bols de riz, les verres de vin contre du thé tiède et des muscles endoloris. Un voyage fait de sueur, de silence, de bleus causés par des bâtons de bois et d’un souffle retrouvé. Pas une fuite, mais un retour à moi-même.

🧠 Pourquoi le kung-fu ? Ce que je fuyais (et ce que j’ai trouvé à la place)

J’ai toujours détesté la violence. Je n’ai jamais frappé qui que ce soit (enfin, à part mes frères et sœurs, bien sûr, mais chut… ne le dites pas à mes parents !)

À l’école, c’était moi qui séparais les bagarreurs, jamais celle qui les provoquait. Et pourtant, j’ai toujours voulu savoir comment me défendre. Non pas pour dominer. Mais pour ne plus avoir peur.

Quand je suis arrivée au temple, je pensais que le kung-fu m’apprendrait la discipline, la structure, la force. Que je reprendrais enfin le contrôle de ma vie après une période difficile.

Mais c’est l’inverse qui s’est produit.

J’ai appris à lâcher prise ! À être patiente ! (et pour ceux qui me connaissent, ce n’est pas vraiment mon fort !)

À faire confiance à mon corps. Au temps. À la vie. À l’univers.

« Lâchez prise sur l’illusion du contrôle. Faites confiance au processus. »

🥋 Qu’est-ce que le kung-fu, vraiment ?

Oui, c’est un art ancestral. Mais c’est aussi, et surtout, un chemin.

Comme le dit mon maître, Yanjun Shifu :

« Gong Fu (功夫), également romanisé Kung Fu ou Gung Fu, signifie littéralement “temps”, “art”, “compétence” ou “effort”. Dans le contexte des arts martiaux chinois, il désigne une pratique ou un exercice permettant de développer des compétences ou des “pouvoirs” spécifiques. Il comprend des pratiques internes (Neigong) et externes (Waigong). Le kung-fu ne consiste pas à asservir les autres. C’est un chemin discipliné de découverte de soi et de maîtrise de soi. »

En résumé : le kung-fu ne consiste pas à apprendre à frapper. Il s’agit d’apprendre à se voir. Et à se transformer.

🔥 Une routine militaire, un effet méditatif

L’une des premières choses que Shifu nous disait, chaque matin avant l’entraînement, c’était celle-ci :

« Quand tu te réveilles, tu choisis d’être heureux. Tu choisis d’affronter la vie avec une attitude heureuse, quoi qu’il arrive pendant la journée. »

Il ne s’agit pas de nier la réalité. Il s’agit de maîtriser sa posture émotionnelle comme on maîtrise une posture : ancrée, présente, souple. Tout comme un guerrier choisit où placer son poids, nous choisissons où placer notre esprit.

Se lever à 5h30. Méditer sous un arbre. Trois séances d’entraînement par jour. Étirements. Cardio. Qigong. Tai-chi. Force. Armes. Courbatures. Silence. Sourires. Et sueur.

Nous pensons venir sculpter nos corps.

Nous en repartons avec un esprit plus souple.

Parce que le kung-fu, c’est aussi :

  • Se reconnecter à son souffle
  • Apprendre à être pleinement présent
  • Observer ses limites, puis les repousser peu à peu

Référence : la neuroplasticité nous enseigne que l’effort répété recâble le cerveau.
Le kung-fu reprogramme littéralement le corps et l’esprit !

🌄 Avancer sur le chemin

Entre la montagne et le lac, le temple shaolin semblait appartenir à un autre monde, suspendu dans le silence et la discipline.

Nous vivions entourés par la nature, pratiquant les arts martiaux et la médecine traditionnelle chinoise ; non seulement à travers le mouvement, mais aussi dans notre alimentation : de saison, simple, consciente. Les vendredis étaient consacrés aux randonnées en montagne. Le calme avant la force. La connexion avant le combat.

J’ai vu les saisons changer en temps réel : le silence gelé de l’hiver à -14 °C, où le souffle se transformait en brume et où tout ralentissait. Puis, lentement, le dégel. Les bourgeons revenant sur les arbres dénudés. La vie murmurant son retour dans l’herbe bruissante et le soleil levant.

Mais il y avait une autre dimension à laquelle je n’étais pas préparée : la douleur.

Oui, le kung-fu fait mal. Les muscles brûlent, les articulations crient, les jambes tremblent. Et puis, il y a le Qigong dur.

Le Qigong dur est une pratique où l’on se fait littéralement frapper : exprès. Des bâtons de bois sur le ventre, des briques contre les jambes, des barres de fer sur les bras. Non pas pour blesser. Mais pour renforcer.

C’est difficile à expliquer, cette joie étrange de repousser la douleur. D’apprendre à respirer à travers l’inconfort. De découvrir que votre corps peut en supporter davantage que vous ne l’aviez jamais imaginé.

Nous ne le faisons pas seuls. C’est le secret.

Le groupe compte. Nous crions, rions et pleurons ensemble. Un jour, c’est vous qui relevez quelqu’un. Le lendemain, cette personne vous tient la main quand vos jambes se dérobent.

Il y a quelque chose de profondément transformateur à affronter les épreuves collectivement. Vous n’entraînez pas seulement votre corps. Vous entraînez votre esprit. Vous bâtissez quelque chose de sacré : une force intérieure qui ne se voit pas sur vos abdominaux, mais dans vos yeux.

Comme l’a dit l’un de mes amis israéliens :

« C’est comme mourir un peu chaque jour, pour revenir plus fort le lendemain matin. »

🌍 Ce que les autres y ont gagné

En lisant l’histoire de chacun, une chose est devenue claire pour moi : le kung-fu transforme chacun différemment, mais il transforme toujours.

Certains ont trouvé la force, d’autres la douceur. Certains ont découvert la paix, d’autres la discipline. Voici ce que j’ai appris d’eux :

🧠 L’esprit au-dessus du corps : la paix par la maîtrise

« Maîtriser son corps est facile… mais maîtriser son esprit ? C’est là le défi. » - Roger
« Le kung-fu était le seul entraînement qui me faisait me sentir vraiment bien mentalement et physiquement. » - Ryan

Le kung-fu ne consiste pas seulement à développer ses muscles, il s’agit de développer sa présence. Une harmonie intérieure qui rayonne bien au-delà du tapis d’entraînement. Il nous apprend à accepter l’inconfort, à maîtriser nos pensées et à aligner notre Qi (notre force vitale) avec notre souffle et notre intention.

🔁 La répétition est le chemin de la maîtrise

« Savoir faire quelque chose n’est que le point de départ. La véritable maîtrise vient de le faire encore et encore. » - Jia

À travers la répétition, nous n’apprenons pas seulement le kung-fu. Nous nous rencontrons.

🤝 Nous sommes plus forts ensemble

« Être attentif à ses coéquipiers renforce le groupe. Nous nous élevons ensemble. » - Lee

S’entraîner avec les autres signifie que vous n’êtes jamais seul, même dans la douleur. Surtout dans la douleur.

🌱 La discipline est l’amour en action

« Cela m’a permis de retrouver un sens de la discipline qui m’a aidé à structurer ma vie. » - Astrid
« Le kung-fu m’a appris l’art d’être présent : fatigué, affamé, découragé. Chaque répétition est un progrès. » - Riv
« Le véritable maître est en vous. » - Savio

La discipline n’est pas une punition. C’est un acte de bienveillance, de constance, de courage. Vous n’avez pas besoin d’être parfait. Vous avez juste besoin d’être présent, encore et encore ! C’est là que la force grandit.

🌀 Le kung-fu comme miroir : conscience de soi, force holistique & philosophie de vie

« Je suis plus consciente de ce que je pense et ressens chaque jour. Le mouvement m’aide à me trouver. » - Juan
« Le kung-fu m’a appris la force intérieure et extérieure. J’ai gagné en mobilité, en clarté, en paix, et j’ai eu le sentiment de devenir l’héroïne dont je rêvais enfant. » - Susan
« Tout ce que le kung-fu enseigne : la patience, la présence, la conscience, c’est exactement ce que la vie exige de nous. » - Bamba

Le kung-fu ne consiste pas à fuir la vie. Il s’agit d’apprendre à la vivre pleinement, consciemment, avec douceur et force. Il nous invite à écouter nos pensées, à respecter nos corps et à traverser la vie avec une présence et une intention plus profondes.

« J’ai appris à prendre soin de moi, avec une touche d’égoïsme, mais jamais d’égocentrisme. » - Simone

Chaque personne, chaque pratique, chaque bleu a sa propre signification. Mais ils pointent tous vers la même vérité : le kung-fu ne change pas qui vous êtes.

Il vous aide à vous souvenir.

💭 Ce que j’ai appris (et que je garde avec moi chaque jour)

Leçon n°1 : Votre corps a toujours quelque chose à dire. Apprenez à l’écouter.
Leçon n°2 : La véritable force, c’est de savoir quand ne pas frapper.
Leçon n°3 : Lâcher prise, ce n’est pas abandonner. C’est faire confiance.
Leçon n°4 : La discipline est un cadeau que vous vous faites.
Leçon n°5 : La douleur ne signifie pas toujours qu’il faut s’arrêter. Parfois, elle signifie qu’il faut grandir.
Leçon n°6 : Vous n’avez pas besoin de le faire seul. Jamais.

Je ne suis pas devenue une “maîtresse”. Je marche toujours sur le chemin. Mais je n’ai plus besoin d’aller vite. Ni de tout contrôler. Ni d’être parfaite.

Je sais respirer. Je sais écouter. Et plus que tout… je sais que je ne suis pas seule.

Le kung-fu n’est pas un sport. C’est de l’alchimie.

Et pour citer le chef-d’œuvre qui est Karate Kid :

« Le kung-fu vit dans tout ce que nous faisons, Xiao Dre ! Il vit dans la façon dont nous mettons la veste, dans la façon dont nous l’enlevons. Il vit dans la façon dont nous traitons les gens ! Tout est kung-fu »